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Étiquette de composition cousue à l'intérieur d'un vêtement, mentions coton 100%, made in Portugal, fond de tissu blanc

Lire une étiquette de vêtement : ce qui est obligatoire, ce qui trompe

Vous regardez l’étiquette d’un vêtement avant de l’acheter. Vous voyez « made in France », « coton biologique », un logo que vous ne reconnaissez pas, et une composition en petits caractères. Laquelle de ces informations est vérifiée ? Laquelle est encadrée par une obligation légale ? Laquelle peut être apposée par n’importe quelle marque sans aucun contrôle ?

La réponse est moins rassurante qu’on pourrait le croire.

La composition : la seule mention obligatoire pour tout vêtement neuf

Un règlement européen de 2011 fixe les règles d’étiquetage de la composition des vêtements. C’est aujourd’hui la seule information qui soit obligatoirement présente sur l’étiquette de tout vêtement neuf vendu dans l’Union européenne. La composition doit indiquer le pourcentage de chaque fibre utilisée : 80 % coton, 20 % polyester, par exemple.

Pour les vêtements de seconde main, cette obligation ne s’applique pas. L’étiquette peut avoir été retirée, abîmée, ou tout simplement absente si le vêtement est ancien. C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines informations sur un vêtement d’occasion sont difficiles à obtenir.

« Made in France » : une étiquette sur la dernière étape, pas sur le vêtement entier

La mention « made in France » ne signifie pas que le vêtement a été entièrement fabriqué en France. Elle signifie que la dernière transformation substantielle du produit a eu lieu en France. En pratique, cela peut vouloir dire que le tissu a été tissé en Asie, teint en Europe de l’Est, et simplement cousu en France. Le vêtement porte alors légalement la mention made in France.

C’est une faille que la loi AGEC, en vigueur depuis 2024 pour les grandes marques, commence à combler. Les entreprises de plus de 10 000 références par an et dépassant 100 millions d’euros de chiffre d’affaires doivent désormais indiquer sur leur fiche produit dématérialisée non seulement le pays d’assemblage, mais aussi le pays d’origine des matières premières et le pays où elles ont été teintes ou retravaillées. Cette traçabilité étendue rend la mention made in France plus honnête pour les grandes marques soumises à cette obligation, mais les petites marques n’y sont pas encore tenues.

Les microfibres plastiques : une obligation d’information depuis 2024

Pour les marques soumises à la loi AGEC, si un vêtement est composé à plus de 50 % de matières synthétiques, elles doivent indiquer que ce vêtement rejette des microfibres plastiques dans l’environnement lors de chaque lavage. Cette information figure sur la fiche produit dématérialisée, visible sur les sites e-commerce, et non nécessairement sur l’étiquette physique du vêtement.

Cette obligation informe, mais elle ne résout pas le problème. Les microfibres plastiques représentent aujourd’hui une part significative de la pollution des océans et des eaux douces. Des filtres pour lave-linge existent pour les retenir, mais ils ne sont pas encore obligatoires sur les machines vendues en Europe.

Le règlement REACH : les substances chimiques interdites

Le règlement européen REACH établit la liste des substances chimiques dangereuses interdites dans les vêtements, et celles autorisées à des concentrations maximales définies. Cette liste est régulièrement mise à jour. Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées, utilisées notamment dans les vêtements techniques imperméabilisants) sont en cours d’intégration dans la liste des substances réglementées.

En pratique, ce règlement s’applique à tous les vêtements vendus dans l’Union européenne, qu’ils soient fabriqués en Europe ou importés. Un vêtement vendu en France doit respecter ces limites de concentration, quelle que soit son origine. Les contrôles existent, mais ils sont ponctuels. Des associations de consommateurs publient régulièrement des tests révélant des dépassements des seuils autorisés, notamment sur des vêtements enfants achetés à bas prix.

« Organic cotton » sans certification : de la communication

Il y a quelques années, des vêtements étiquetés « organic cotton » ont envahi le marché, y compris les circuits de distribution spécialisés dans la mode engagée. La mention « organic cotton » n’est pas un label certifié. N’importe quelle marque peut l’apposer sans aucune vérification externe. Des vêtements étiquetés ainsi et fabriqués en Chine avec aucune information sur le processus de culture du coton ont été vendus comme des produits à la démarche engagée. Même les distributeurs spécialisés s’y sont laissé prendre.

La différence avec un label certifié est là : un label impose un cahier des charges vérifié par un organisme indépendant, des audits réguliers, et une traçabilité documentée. Une mention marketing sur une étiquette n’impose rien du tout. Avant de vous fier à une affirmation environnementale sur un vêtement, cherchez le label certifié qui la valide.

Le bambou, la cellulose de bois, et leurs vrais processus

Le bambou est présenté comme une fibre écologique : il pousse vite, sans pesticides, en absorbant du CO2. Mais un vêtement en « bambou » n’est pas fabriqué à partir de la fibre de bambou comme on pourrait l’imaginer. C’est de la cellulose extraite du bambou, transformée en fil par un processus chimique. Ce processus peut être extrêmement polluant si les solvants utilisés ne sont pas recyclés en circuit fermé.

La marque Tencel (Lyocell) utilise un processus de transformation de la cellulose de bois en circuit fermé : les solvants sont recyclés à plus de 99 %, les bains de transformation sont filtrés strictement, et les forêts utilisées sont certifiées gérées durablement. La plupart de la production se fait en Europe, majoritairement en Autriche. Quand vous voyez la marque Tencel sur une étiquette, le processus est documenté et vérifiable. Quand vous voyez « bambou » sans autre précision, vous n’avez aucune information sur le processus de transformation.

Poser la question directement

L’étiquette physique ne pourra jamais contenir toutes les informations nécessaires pour évaluer un vêtement. Le passeport produit digital européen, quand il sera déployé, donnera accès via un QR code à toute la chaîne de valeur du produit. En attendant, la source d’information la plus fiable reste la conversation directe : avec la marque, avec le vendeur, avec les créateurs présents dans les marchés et événements de mode engagée. Les marques qui ont quelque chose à dire sur leur fabrication le disent volontiers. Celles qui esquivent les questions précises vous donnent une réponse en soi.

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