Newsletter Subscribe
Enter your email address below and subscribe to our newsletter

100 milliards. C’est le nombre de vêtements et d’accessoires produits chaque année dans le monde. Pour 8 milliards d’habitants. Soit plus de 12 vêtements par personne, par an, nourrissons et centenaires compris. Et moins de 1 % de ces vêtements sont recyclés en fin de vie à l’échelle mondiale.
Ces chiffres ne proviennent pas d’une association militante. Ils sont issus des données consolidées de l’industrie textile mondiale. Ils disent quelque chose de structurel : le problème de la mode n’est pas seulement la fast fashion. C’est le volume total de production, tous acteurs confondus.
Un vêtement fabriqué en coton biologique, teint avec des teintures naturelles, cousu dans un atelier respectant toutes les conventions sociales, expédié avec un emballage recyclé : il a quand même un impact. Culture du coton, même biologique, consomme de l’eau. La teinture génère des effluents. Le transport a une empreinte carbone. La confection consomme de l’énergie.
Il n’existe pas de vêtement à impact zéro. Les vêtements fabriqués à partir de stocks de tissus existants ou de chutes de production s’en approchent le plus, parce qu’ils ne génèrent pas de nouvelle demande de matières premières. Mais ces matériaux représentent encore une fraction marginale de la production mondiale.
La formule est simple : le meilleur vêtement est celui qu’on ne produit pas. Elle ne signifie pas qu’il faut arrêter d’acheter des vêtements. Elle signifie qu’avant chaque achat, la question la plus importante est : est-ce que j’ai déjà quelque chose qui remplit cette fonction dans ma garde-robe ?
Un audit rapide de votre garde-robe le confirmerait probablement : une part significative des vêtements que vous possédez n’a pas été portée depuis plus d’un an. En France, on estime que les Français portent en moyenne 30 à 40 % des vêtements qu’ils possèdent. Le reste est là, dans les armoires, sans être utilisé. Avant d’acheter un nouveau vêtement, parcourir ce qui est déjà là est l’action avec le meilleur rapport impact/effort.
Un vêtement de qualité qui dure dix ans a un impact par port nettement inférieur à un vêtement bon marché qui dure un an. Mais la durée de vie d’un vêtement ne dépend pas seulement de sa qualité à l’achat. Elle dépend de la façon dont on l’entretient.
Laver à basse température (30 °C au lieu de 60 °C) consomme deux à trois fois moins d’énergie et abîme moins les fibres. Retourner les vêtements foncés avant lavage préserve les couleurs. Sécher à l’air libre au lieu d’utiliser un sèche-linge préserve les élasticités et réduit l’émission de microfibres synthétiques dans l’environnement. Utiliser un filet de lavage pour les vêtements synthétiques retient une partie des microfibres. Ces gestes ne coûtent rien et allongent significativement la durée de vie des vêtements.
Les cordonniers, les retoucheurs, les couturières de quartier : ces professionnels sont encore là, dans la plupart des villes françaises, mais ils disparaissent progressivement. La demande a baissé parce que le prix d’un vêtement neuf bas de gamme est souvent inférieur au coût d’une réparation. Il est moins cher d’acheter un nouveau jean que de faire recoudre l’entrejambe de l’ancien.
Cette logique de prix est précisément ce que la fast fashion a produit. Elle a rendu la réparation économiquement irrationnelle pour une fraction du marché. Les structures de retouche qui subsistent travaillent en grande précarité, avec des marges très faibles et peu de visibilité. Les soutenir en leur apportant du travail est un acte économique à impact direct sur un secteur utile.
Le gouvernement français a mis en place un bonus réparation accessible via l’organisme Refashion. Il s’applique aux vêtements et aux chaussures apportés chez un réparateur labellisé. La remise est déduite directement de la facture de réparation. Les montants varient selon le type de réparation : quelques euros pour un remplacement de fermeture éclair, jusqu’à 25 € pour des réparations plus importantes.
La liste des réparateurs labellisés est consultable sur le site de Refashion. Toutes les retoucheries et cordonneries n’y sont pas encore, notamment les plus petites structures qui n’ont pas fait les démarches d’adhésion. Si votre réparateur habituel n’est pas labellisé, le bonus ne s’applique pas, mais la réparation reste toujours moins impactante qu’un nouvel achat.
Un vêtement qui n’est plus portable ne doit pas finir dans la poubelle des ordures ménagères. Les bennes à vêtements du réseau Le Relais, Emmaüs et d’autres associations de collecte sont présentes dans la plupart des villes. Les vêtements déposés y sont triés : une partie part en vente en friperie, une partie est exportée vers des marchés de seconde main dans d’autres pays, une partie est transformée en chiffons industriels ou en isolant.
La traçabilité de ce qui sort des bennes est imparfaite. Une partie des vêtements collectés en France finit dans des marchés africains où leur arrivée en masse perturbe les industries locales. Des projets existent pour développer des filières de recyclage en fibres sur le territoire français, mais ils en sont encore à leurs débuts. En attendant, la benne textile reste préférable à la poubelle ordinaire, mais elle n’est pas une fin de vie vertueuse absolue.
Des créateurs travaillent à partir de vêtements usagés ou de stocks de tissus pour fabriquer de nouvelles pièces. Ce modèle, souvent appelé upcycling, a l’avantage de ne générer aucune demande de nouvelle matière première. Il est limité en volume par la disponibilité des matériaux et le temps de fabrication. Mais pour les vêtements que vous ne portez plus et qui ont encore du potentiel, certaines associations et ateliers acceptent des dons de matières pour les intégrer à leur production.